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Se différencier 1/3 : organisation et implications

se différencier
Talavera mexicains

Qu’est-ce que « se différencier » ?

Se différencier consiste en quelque sorte à exprimer, agir, vivre nos différences, notre singularité. La capacité à se différencier de l’autre ainsi que celle à y renoncer sont nécessaires au fonctionnement autonome de l’individu. Cette souplesse nécessite au préalable d’avoir pu explorer la différenciation.

D’un point de vue cellulaire

Par nature, nous provenons d’un état originel non différencié d’où le processus de différenciation se déploie. En effet sur le plan physique, nous sommes d’abord un œuf, une cellule unique qui va se multiplier en de nombreuses cellules. La différenciation cellulaire conduit un organisme harmonieux où les cellules sont différentes d’un organe à un autre. Par exemple une cellule de rétine est différente d’une cellule d’estomac. Il y a aussi des différences dans les cellules qui constituent un même organe. Par exemple les cellules de l’intérieur de l’estomac sont capable de secréter de l’acide pour digérer les aliments. Les cellules de la paroi externe de l’estomac n’ont pas cette fonction, et c’est bienvenu, sinon nous nous digérerions…

D’un point de vue relationnel

Le sentiment d’être distinct des autres permet de se relier aux autres, de s’engager, de partager tout en étant capable de reconnaitre les idées, les désirs, les besoins d’autrui comme pouvant être différents des nôtres.

Pouvoir se différencier de l’autre permet d’aborder les obstacles, de trouver des solutions, sans se laisser configurer passivement par l’environnement. La cohérence entre ce qui se vit au fond de soi et ce qui se met en action avec l’autre est source d’attention, de pertinence, d’intérêt, de considération, d’excitation, de grâce. Dans le cas contraire, la dissonance qui se vit s’exprime par la confusion, la fixation, l’amnésie, la stagnation et l’embarras.

Lorsque le processus de différenciation relationnel ne peut se déployer, il conduit à une rigidité où l’expression de soi est empêchée. La personne vit a minima du mal-être.

Cet article en trois volets revient sur le processus de différenciation relationnel, sur la façon dont il se déploie (volet 1). Le volet 2 aborde différents freins à ce déploiement. Enfin, sur la base d’un regard microscopique (cellulaire) et macroscopique (sociétal) il tente de montrer combien se différencier est présent dans le Vivant et impacte le vivre ensemble (volet 3).
Lorsque des parties de cet article sont développées plus en détail ailleurs sur ce blog, un lien y renvoie où figurent les sources correspondantes.

Se différencier : organisation et implications

Un rapport à la conscience de soi, à l’intégrité, aux limites

différencier : l'espace entre soi et l'autre
Continuum de la relation – Plus les deux extrémités sont proches, plus il y a indifférenciation, ce qui laisse moins d’espace à la relation.

Se différencier renvoie inévitablement et de façon non dissociable aux limites, à la conscience et à l’intégrité de soi. A l’inverse, l’absence de différenciation induit un manque de limite entre soi et l’autre, entre réalité et imaginaire, entre expérience agréable ou douloureuse, à des espaces de confusion. Ce processus influence profondément nos expériences sociales. En effet, la conscience de soi est de façon inextricable liée à la conscience de l’autre.

Se différencier est un verbe d’action qui nécessite de l’énergie pour ce mouvement. Au cours du développement, l’enfant est toujours en train de différencier ce qui est lui et ce qui ne l’est pas. C’est par les sens, la perception, que les informations sur notre milieu intérieur et sur le milieu extérieur nous parviennent. La façon de filtrer, modifier, déformer, accepter, rejeter et utiliser ces informations fait partie de l’acte de perception. Le toucher et le mouvement sont les premiers sens à se développer. Le soutien reçu par l’enfant et la façon dont il peut s’appuyer sur son environnement sont essentiels dans le processus.

L’importance du toucher pour se différencier

différencier : le toucher

Au cours du développement, le toucher stimule des récepteurs présents dans la peau, les muscles et les articulations. Cette stimulation joue un rôle central dans l’élaboration des limites. En effet, à travers le soutien qu’il reçoit dans le contact, le bébé perçoit le mouvement et la personne qui le porte. De cette façon, il prend conscience de son propre corps et du corps de l’autre. Alors, par l’intermédiaire de sa peau et des sensations qu’elle lui procure, l’enfant parvient peu à peu à différencier l’intérieur de l’extérieur, son moi et son non-moi, à établir ses relations extérieures.

Dans une approche corporelle, le toucher thérapeutique/relationnel soutient le déploiement de la conscience du corps et de ses limites. Dans l’expérience du contact respectueux et bienveillant, le corps accède par les sensations et ressentis à un autre regard sur lui-même, la personne ouvre une nouvelle relation avec son corps.

Se différencier : un mouvement

Au cours du développement, nos mouvements s’initient, s’organisent dès la vie utérine et émergent pendant les premières années de vie. Ils facilitent la perception de soi et de l’autre, l’articulation progressive entre moi et non-moi. Ce processus de développement n’est pas linéaire. Il s’effectue par vagues qui se chevauchent où les mouvements se coordonnent. Chaque stade contient des éléments de tous les autres. Tout développement incomplet ou toute omission d’un stade aboutit à des difficultés de perception/ de mouvement. Le mouvement ne sera ni naturel ni fluide et aura un équivalent sur le plan relationnel.

À la base de tous les mouvements est le mouvement de la respiration. Selon qu’elle se bloque ou qu’elle est libre dans le corps, les mouvement déployés ultérieurement se bloqueront ou se développeront efficacement. Revenir à ces coordinations premières, permet de restructurer nos réponses et de mettre en place des itinéraires nerveux plus efficaces pour vivre notre mouvement et notamment celui/ceux qui permettent de se différencier.

Se différencier nécessite des sens de soi multiples

Le sens de soi désigne une conscience élémentaire, non réflexive, vécue à travers l’expérience directe de ce que nous vivons au contact de l’environnement.

Le sens de l’activité propre est ce qui fait que sans réfléchir je sais que je suis en train d’écrire. Sans cette conscience là, il peut se vivre des paralysies, un sentiment de non-appartenance de nos propres actions.

Le sens de la cohésion physique amène à ce que marchant sur un caillou, je sais que l’expérience vécue à l’endroit de mon pied est la mienne. Sans cette conscience là, il peut se vivre des expériences de morcellement du corps, de dépersonnalisation, d’être détaché de son corps.

Le sens de la continuité dans le temps me permet de savoir qu’hier j’ai vu mon ami Léon, qu’aujourd’hui je travaille au bureau et que j’ai prévu demain de repeindre mon vélo. Sans cette conscience là, il peut se vivre des dissociations temporelles, amnésies, rupture du « continuum de vie ».

C’est le sens de l’affectivité qui m’amène à être émue au contact des situations que je rencontre. Sans cette conscience là, il peut se vivre une incapacité à éprouver du plaisir dans des situations ordinaires. Il peut aussi y avoir des états dissociés.

Sens d’un soi subjectif qui permet d’atteindre l’intersubjectivité. C’est cette conscience de soi qui fait que sans réfléchir, je sais que l’autre ressent quelque chose de très proche de ce que je ressens. Sans cette conscience là, il peut se vivre un sentiment d’une solitude cosmique ou, à l’autre extrême, celui d’une transparence psychique.

Émergence des sens de soi

Les différents sens de soi émergent dès la naissance avec un développement qui se fait par à-coups. Aux périodes de changements rapides succèdent des périodes de tranquillité relative, où les nouvelles intégrations paraissent se consolider.

Une fois formé, chaque sens de soi continue à fonctionner et à être actif tout au long de la vie. Chez l’adulte, les différents sens de soi existent souvent sans que la personne y prête attention. Tous continuent à se développer, à coexister, à s’actualiser.

C’est par le contact avec un autre reconnu comme un sujet, un être vivant singulier (relation Je-Tu) que la personne intègre l’expérience interne/externe. Ce mode relationnel permet la rencontre, la relation.

Dans une relation où l’autre est pris comme un objet, une chose quelconque (relation Je-Cela), l’expérience centrée sur soi, ses impressions, isole la personne de son milieu. Le monde est son objet.

Dans l’expérience de la rencontre entre Soi et l’Autre (Je-Tu), de nouveaux sens de soi sont amenés à la conscience et peuvent se réactualiser. Il s’ouvre alors un nouvel espace dans le lien interpersonnel.
« Au sortir de l’acte de relation pure, l’homme a dans l’âme un plus, un accroissement dont il ne savait rien auparavant et dont il ne saurait désigner correctement l’origine. » (M. Buber)

Pour aller plus loin

Cet article (volet 1/3) vous aura peut-être interpellé/e ? Je reçois sur rendez-vous (06.82.57.63.22) à mon cabinet ou par téléphone/ visio. Ma pratique thérapeutique se base sur la gestalt-thérapie mais pas seulement. Pour plus d’informations ou prendre contact par messagerie, consulter la page présentation.


Sources

Bainbridge Cohen Bonnie. Sentir, ressentir et agir : l’anatomie expérimentale du Body-Mind Centering. Contredanse, 2002.
Buber Martin. Je et tu. Aubier Philosophie. 2015
Stern N. Daniel. Le monde interpersonnel du nourrisson. Presses universitaires de France, 2003.


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