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Se différencier 3/3 : du microscopique au macroscopique

Cet article vient clore une série de trois articles. Le premier volet aborde ce que signifie se différencier pour un individu et comment cela s’organise. Le deuxième volet aborde ce qui peut freiner ce processus. Ce dernier volet tente de mettre en lumière l’importance du processus de différenciation au niveau microscopique et au niveau macroscopique. Ces trois textes montrent des similitudes entre ce qui concerne les cellules d’un individu, un individu dans sa globalité, un groupe d’individus.

Se différencier sous un angle cellulaire

Embryogenèse

Sur un plan biologique et cellulaire, se différencier est indispensable. A l’origine, l’œuf issu de la fécondation se divise pour donner naissance au morula. Concrètement, c’est un ensemble de cellules semblables les unes aux autres. Mais très vite, ces cellules s’organisent en trois feuillet distincts et poursuivent de multiples étapes de différenciation. C’est ainsi qu’elles acquièrent les caractéristiques spécifiques des organes/tissus qu’elles constitueront. Par exemple, une cellule d’estomac dispose de caractéristiques différentes d’une cellule musculaire, elles-mêmes différentes de celles d’une cellule cutanée, etc. Cela aboutit à un ensemble hétérogène de cellules différenciées constituant un ensemble harmonieux, où l’organisme dispose de son plein potentiel.

Cancérogénèse

A l’inverse, au cours de la cancérogenèse, les cellules perdent de façon plus ou moins marquée leur caractéristiques spécifiques. Elle deviennent indifférenciées. C’est une des raisons qui fait que déterminer l’origine d’un cancer est quelquefois difficile. En effet, les cellules tumorales perdent de façon plus ou moins marquée les caractéristiques de l’organe dont elles sont initialement issues. Elles retrouvent des caractéristiques de cellules embryonnaires non différenciées. Généralement, plus l’indifférenciation est forte, plus le cancer est agressif.
A noter aussi que les cellules tumorales perdent « l’inhibition de contact ». Pour une cellule saine, « l’inhibition de contact » désigne l’arrêt de la multiplication des cellules nouvellement formées au contact des cellules de l’environnement. A l’inverse, les cellules tumorales perdent cette faculté et poursuivent leur multiplication anarchiquement, formant des tumeurs et des métastases. Vu sous un angle relationnel, la cellule cancéreuse perd en quelque sorte le sens de l’altérité, c’est à dire le sens du contact avec les cellules environnantes (à l’inverse de la cellule saine).
Une autre particularité des cellules tumorales est de devenir immortelles. Cela provient d’une altération des gènes impliqués dans la régulation de la mort cellulaire. Dit autrement, c’est comme si la cellule cancéreuse s’affranchissait individuellement du rapport à la limite du temps, tout en sachant que sur le plan de l’organisme dans sa totalité, de l’individu, la maladie cancéreuse non traitée conduit à sa fin.

Se différencier du point de vue sociétal

La structure des groupes d’intelligence collective

Lorsqu’un groupe agit en faveur d’une piste que portent les (ou la) personnes les plus influentes du groupe, cette cohésion bien trompeuse peut être tristement associée aux pires décisions collectives. Tout comme pour la contagion émotionnelle qui crée un nous fusionnel et inconscient, potentiellement fou, cet état, indifférencié et soumis, provoque un nous groupal qui peut se révéler extrêmement dangereux.

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Dans les groupes d’intelligence collective, le projet sociétal génère la croissance, la différenciation, et la relance mutuelle des singularités de chacun et non leur fusion dans un indistinct magma. Le cadre de fonctionnement est précis : absence de hiérarchie, focalisation sur les atouts et les forces plutôt que sur les manques, relations interpersonnelles respectueuses et authentiques, accès de manière distribuée et transparente aux informations utiles à l’action.
A l’échelon individuel, les participants privilégient des modes d’engagement qualitatifs, c’est-à-dire qui leur permettent d’adhérer au projet, d’être en cohérence avec leur besoins et envies, d’y trouver du plaisir. La participation répond à une motivation intrinsèque. A l’inverse, dans un système hiérarchique, la motivation extrinsèque peut prendre différentes formes : une obéissance à une autorité, un intérêt conditionné à une récompense ou à l’évitement d’une sanction, un besoin de plaire aux autres.

Les systèmes d’intelligence collective soutiennent particulièrement la créativité du collectif. Les différences sont nombreuses, mais plutôt que de les taire poliment, il s’agit de les pousser plus loin pour arriver le plus souvent à des solutions qu’aucun, seul, ne peut envisager.

Regard sur le groupe sociétal

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Œuvre de Jean-Pierre Serrier

Dans le contexte des deux dernières années, l’approche de la pandémie a soudain favorisé une indifférenciation sous forme notamment de traitement unique (indépendamment de l’âge, des facteurs de risque, de grossesse, etc) et de pensée dominante.

L’absence de traitement spécifique aux personnes a pu faire imaginer une forme d’uniformité des fragilités/ ressources des corps des personnes.
La nécessité de « faire de la pédagogie » ou l’invalidation des interlocuteurs a montré la difficulté à imaginer qu’une pensée différente puisse exister, comme si l’altérité n’avait pas sa place.

Dans cette période, il n’a plus fallu se toucher dans un monde « sans contact » et limiter les déplacements, à l’opposé de ce qui soutient le développement du processus de différenciation chez un être (cf volet 1).
Le système de laisser-passer sanitaire a limité les mouvements en engorgeant l’entrée de lieux divers (thrombose) car contrôler prenait du temps, ou en excluant comme une réaction auto-immune du corps social contre une part de ce qui le constitue. Avec un carré bleu sur les visages, le masque a limité tout autant le contact que la respiration. La moindre qualité d’oxygénation impactait aussi l’énergie de l’organisme. Cette situation a aussi montré l’impossibilité de se confronter à la mort (cf similitude volet 2). Au début de l’épidémie, les cimetières ont été cadenassés, les défunts mis en bière sans que la famille ne puisse se recueillir, les obsèques limitées sans possibilité de faire groupe autour du défunt et de ses proches.

L’approche éthique de cette situation s’est basé principalement sur le droit (les règles, la loi) très différente de l’éthique du care, résonnante, qui intègre la vulnérabilité et l’interdépendance des rapports humains. La situation vécue nous confronte d’une certaine façon à ce que Hannah Arendt appelait la banalité du mal.

La difficulté à se différencier plus tôt dans notre expérience de vie peut probablement venir se rejouer dans ce type de situation.

Pour aller plus loin

Cet article vous aura peut-être interpellé/e ? Je reçois sur rendez-vous (06.82.57.63.22) à mon cabinet ou par téléphone/ visio. Ma pratique thérapeutique se base sur la gestalt-thérapie mais pas seulement. Pour plus d’informations ou prendre contact par messagerie, consulter la page présentation.

Sources

http://vdsciences.e-monsite.com/pages/sciences-biologiques/biologie-animale/embryologie-descriptive/
Piazza Olivier. Découvrir l’intelligence collective. InterÉditions, 2018.


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Cabinet Gestalt

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