Recevoir de l’amour est une attente légitime et indispensable pour chacun, dès notre arrivée au monde. Aussi, lorsque nous avons vécu le manque d’amour, non accueillis comme nous l’aurions souhaité, l’enfant que nous étions a pu se construire comme ne valant pas la peine d’être aimé. Nous ne serions pas un être « aimable« . Inconsciemment, cela va créer en nous des blessures d’amour profondément douloureuses. Notre cœur est blessé, brisé, à vif. Nous pourrons l’oublier pendant longtemps, mais c’est là, agissant.
Pour autant, il ne s’agit pas de juger les personnes qui nous ont entourés, ayant elles-mêmes leurs propres blessures. De plus, les circonstances familiales, sociales, politiques, économique, etc impactent la vie des personnes, des familles.
Il s’agit plutôt de nous pencher sur notre intériorité, notre cœur, pour mieux nous comprendre, nous connaître, nous accueillir, et peut-être… en guérir ?
Le manque d’amour et ses effets
Le manque d’amour peut se vivre dans de multiples situations.
La négligence : Abandonnés, non entourés ou reconnus pour ce que nous sommes, non désirés, non accueillis, nous pourrons manquer d’envie de vivre.
Souffrir l’injustice : Lorsqu’il y a amour de préférence pour un autre enfant de la fratrie, lorsque les parents attendent un garçon ou une fille, lorsque nous sommes aimés sous condition (d’aîné, d’enfant modèle…), ou lorsque nous avons été l’objet d’une tentative/un projet d’avortement : cela peut nous amener à avoir des pulsions de mort, des attitudes suicidaires.
Les abus psychiques et/ou sexuels : Être considéré comme un objet, une chose, c’est à dire ne pas être vu/reconnu dans notre singularité ; lorsque l’adulte use de sa position d’autorité pour satisfaire à ses propres intérêts, au détriment de ce qui soutient l’édification et le déploiement de l’enfant.
Cela amène l’enfant à se sentir souvent honteux, humilié, coupable.
L’amour fusionnel, dévorant : Lorsque l’amour donné est fusionnel, dévorant : il y a du trop et l’enfant ne connaît pas l’amour véritable, respectueux de ses limites : Cela amène à imaginé que l’amour est dangereux et qu’il est nécessaire de s’en protéger.
La perte d’amour
Perdre brutalement une source d’amour, de sécurité, conduit à une mise en abîme vertigineuse. Plus tard, la terreur de l’effondrement, la hantise du trou affectif brutal vécu, restera très souvent inconsciente. Néanmoins, elle continue d’être agissante. Le souvenir de l’événement est bien là dans la mémoire, mais totalement enfoui. Et la plupart du temps, il y a une sorte de blanc sur tout ce qui a été éprouvé. Cette mémoire pourra s’activer quand bien même la terreur appartient au passé.
Ci-après des situations où l’enfant peut vivre la perte :
Deuils : Les deuils de personnes proches, particulièrement lorsque l’enfant ne reçoit aucune explication. Celui-ci reste avec des questionnements sans réponse, des angoisses. Très jeune, de telles situations peuvent amener l’enfant à assimiler le deuil d’un parent à un abandon.
Séparations brutales et non comprises : Cela peut se produire à l’arrivée d’un autre enfant. Envoyé chez d’autres membres de la famille, nous n’avons pas retrouvé notre place à notre retour. Cela peut aussi être le fait de la guerre, d’un divorce douloureux des parents, d’un séjour traumatisant à l’hôpital.
Globalement, il y a eu perte de la sécurité fondamentale, surtout s’il n’y a pas eu de dialogue, de mots posés sur la situation vécue.
Trahisons : Il peut s’agir de la divulgation d’un secret confié. Cela a pu nous amener à nous refermer complètement dans un « je ne ferai plus jamais confiance à personne ».
Quelles évolutions ?
L’amour est si essentiel que le manque génère, consciemment ou non, une peur de recontacter cet état d’intense souffrance. Et pour y échapper, nous pouvons opter pour des solutions mortifères, non conformes aux lois de la Vie, c’est à dire combler ou à l’inverse organiser le manque.
Mais il se peut aussi que ce vécu amène à un retournement. Alors, les blessures d’amour pourront cicatriser et nous pourrons renouer avec notre plein potentiel.
Combler le manque
Combler le vide pour ne plus le sentir se décline de multiples façons :
– Nous remplir de nourriture.
– Accumuler des vêtements, des objets, de l’argent,…au-delà du raisonnable. Engloutis par nos possessions, nous ne savons plus qui possède qui. Il n’y a plus d’espace vide.
– Tout miser sur l’intelligence, les études, le savoir. La pensée continue évite tout espace vide.
– Déployer une activité ou une générosité excessive si bien qu’il n’y a plus de temps pour le silence, le retour à soi. Alors, ce qui épanouissait devient un absolu qui envahit tout l’être. Arrêter génère de l’angoisse.
– Attendre d’un autre qu’il comble notre manque. Sans prise de conscience de notre attitude, la relation est biaisée car je ne vois pas l’autre à la lumière de ce qu’il est, mais par le prisme de ce qu’il m’apporte (ou ne m’apporte pas) au regard de mes manques.
Organiser le manque
Organiser le manque évite de le vivre de façon imprévue. Cela permet de garder une forme de maîtrise de la situation. Ainsi, nous pouvons nous imposer des restrictions de toute sortes. Il peut s’agir de restreindre notre alimentation (régimes draconiens), s’organiser avec peu de relations, peu de loisir, peu d’argent (quand bien même nous avons un métier rémunérateur), peu de nouveauté.
En se maltraitant, en ne s’accordant pas de vrai plaisir, en ne s’autorisant pas à être heureux, nous demeurons dans une frustration toujours renouvelée (mode survie) qui maintient un décor délétère mais que nous connaissons – rassurant en quelque sorte – mais qui obture notre mouvement/potentiel de Vie.
La troisième voie
Le retournement
Il est illusoire de croire que le but de la vie est de combler le manque et que le bonheur est de vivre sans manque. Ce serait oublier qu’il y aura toujours en tout être humain une incomplétude – une béance – qui contribue à une forme de mouvement incessant, d’un aller vers le monde, où l’imprévisible nouveauté peut surgir.
Cesser de ressasser notre malheur, sortir du « victimisme » destructeur dans lequel nous avons pu nous enfermer, mettre à jour les raisons pour lesquelles nous restons attachés à notre souffrance est un long processus. Il s’agit de repérer la déperdition de notre énergie occupée à se révolter, à critiquer, à refuser l’événement, à revendiquer le changement de l’autre.
Cela peut aussi prendre la forme d’être là tout en souhaitant être ailleurs, avoir envie de ce que l’autre vit au lieu de se construire à partir de ce que nous sommes, vivre frustration/amertume sans savoir pourquoi.
Pour autant, accepter d’avoir manqué d’amour, accepter d’avoir perdu celui ou celle que nous aimions, qui représentait notre sécurité essentielle, est un passage fondamental et délicat. C’est reconnaître que notre désir ne sera jamais complètement comblé. C’est accepter quelque chose de nos limites, et de pardonner au monde/à soi de ne pas être tout-puissant… Ce détachement, ce deuil, si profond, ne peut se vivre rapidement mais il est essentiel pour nous libérer et repartir vers la Vie, pour nous tenir debout et vivants, au delà de nos manques.
Le regard porté sur les événements va pouvoir changer. L’arrêt des processus stériles (désespoir, révolte, vengeance, riposte par le coup pour coup, ruminations, rancœur, haine…) libère une énergie qui pourra soutenir des processus fertiles.
Les retrouvailles
Reconnaître nos blessures d’amour va nous reconnecter à notre cœur profond, à notre plein potentiel ce qui est essentiel pour soutenir notre rayonnement au monde. En redécouvrant nos désirs les plus authentiques, repérant ce qui est essentiel dans notre vie, il nous sera possible de poser des actes pleins, porteurs de la vérité de notre Être, dépassant le qu’en-dira-t-on.
Ces retrouvailles sont transformatrices. Nous n’avons plus a agir par contrainte sociale, par habitude, par automatisme. Nous ne sommes plus esclaves du regard des autres. Il n’est plus nécessaire de nous durcir dans un devoir d’où le désir est absent, dans ce que nous pensons que les autres attendent de nous, dans l’image idéalisée que nous avons de nous-mêmes. Libres et unifiés dans la profondeur de notre être, nous pourrons renouer avec la vie qui se donne, accueillir l’imprévu, prendre le temps d’écouter nos désirs essentiels, se laisser regarder, aimer,… il nous sera possible d’accueillir les grâces qui nous sont données présentement et que nous ne parvenions plus à voir.
Pour conclure
Le besoin d’amour amène à nous contorsionner pour répondre aux attentes réelles et/ou imaginées, de notre entourage. Mais cela est insatisfaisant car nous nous éloignons de la vérité de notre être profond.
En étouffant, interdisant nos désirs profonds, nous devenons des mort-vivants incapables de traverser la Vie dans toute son épaisseur, son intensité, sa beauté, son inattendu, son mystère.
C’est à nous seul qu’il appartient de choisir la Vie. Personne ne peut faire ce choix pour nous. Le désir est essentiel à la vie, l’éteindre c’est éteindre la Vie. Nous ne pouvons pas non plus désirer n’importe quoi, n’importe comment, car alors nous allons vers la destruction. Cela nécessite une réflexion loyale, libérée de l’égoïsme, de la peur, afin de trouver une manière féconde et heureuse de réaliser notre vie, compte tenu de ce que nous sommes, de notre passé, de notre histoire, de nos rencontres.
Pour aller plus loin
Cet article vous aura peut-être interpellé/e ? Je reçois sur rendez-vous (06.82.57.63.22) à mon cabinet ou par téléphone/ visio. Ma pratique thérapeutique se base sur la gestalt-thérapie mais pas seulement. Pour plus d’informations ou prendre contact par messagerie, consulter la page présentation.
Lectures complémentaires :
– la dépendance affective
– s’aimer pour vrai
Source
Simone Pacot. L’évangélisation des profondeurs. Les éditions du Cerf. 2003.
Image mise en avant : Cliché de Bahareh Bisheh