S’étonner est indispensable à tout âge. Au-delà, ce mouvement d’étonnement est fondamental dans la construction de notre relation à soi et au monde.
L’étonnement : un connaissance première
Les bébés et les enfants possèdent dès le début de leur expérience de vie cette qualité d’étonnement. Quand les enfants bougent, ils sont en contact avec ce qu’ils sentent en bougeant. Par exemple ils sentent la surface lisse et solide de la table lorsqu’il tapent dessus avec leurs mains, la texture visqueuse d’une éponge mouillée, le frémissement dans leur poitrine en voyant un éléphant au zoo,…
Bien que n’ayant pas l’idée d’être le quelqu’un qui perçoit, la perception existe néanmoins et commence à la huitième semaine de vie utérine. Et des travaux ont montré que 45 minutes après leur naissance, les bébés ont la capacité d’imiter plusieurs actions d’autres personnes. Ainsi, les bébés ont été capables d’imiter des mouvements exécutés par les chercheurs comme ouvrir la bouche, tirer la langue, se lécher les lèvres. Ces mouvements pouvaient aussi être des comportements spontanés des bébés. Il a été montré que les bébés pouvaient comprendre la différence entre les changements qu’ils pouvaient voir dans le corps des autres et les changements qu’ils pouvaient générer dans leur propre corps.
L’étonnement essentiel à l’apprentissage
L’étonnement n’est donc pas du tout cognitif. Les qualités du toucher/être touché, de bouger/être bougé forment la base de l’étonnement du bébé, fondamental dans son apprentissage.
Ainsi l’enfant va apprendre à :
- imiter
- développer un sens de l’orientation : ce que je bouge et sens est ici, et le corps que tu bouges est là-bas.
- s’accorder : L’attente de l’impulsion de l’autre m’attrapant en retour lorsque j’essaie de l’attraper est une connaissance primaire. S’ouvre l’éventualité de prévoir le mouvement de l’autre.
- bouger avec l’autre
- expérimenter diverses modalités de son vécu : lourd/ léger – tendre/dur – lent/rapide – mouillé/sec -chaud/ froid, etc.
- etc
Les mouvements construisent des capacités de réponse à des situations qui nous y invitent. Ces réponses ont leur propre logique. Au delà de l’apprentissage cérébral, nerveux, musculaire, il existe dans ces réponses une intelligence qui bouge et ressent, et qui grandit grâce à l’étonnement.
En percevant le monde, le bébé se co-perçoit dans le monde, différencié, situé, et agissant parmi d’autres agissants dans le monde.
L’étonnement n’a donc rien à voir avec des processus intellectuel, il est d’ordre sensuel.
Lâcher nos réflexions et revenir à l’étonnement
S’étonner est une connaissance directe des situations. Dans le moment même de l’étonnement, nous revenons au comment nous nous vivons dans la situation. Ce comment se forme à travers des événements corporels (gorge serrée, froid dans le dos, tension, apnée, papillons dans le cœur, frissons, excitation…) plutôt qu’en cogitant sur les circonstances de notre situation.
La nouveauté du moment d’étonnement nous éloigne du familier. Nous ne savons pas ce que nous allons découvrir de nous-même ni comment nous vivons notre monde. En osant s’éloigner du familier, dans la nouveauté de ce moment d’étonnement, nous pouvons imaginer que ces découvertes nous conduiront à une désillusion absolue, puissante, et qu’on se sentira une fois de plus trahis. Par conséquent, ne pas s’autoriser à s’étonner, est une tentative de s’accrocher à certaines idées familières et figées à propos de soi et du monde.
Se soumettre et endurer la pauvreté de ne pas savoir nous ouvre à un mélange de sentiments qui inclut l’espoir et la crainte. En s’agrippant à la routine de la vie quotidienne, à la reproduction mécanisée de notre existence, nous nous éloignons de l’incertitude et du mystère qui font partie de toute relation authentique.
Avec l’étonnement, la condition humaine n’est pas un puzzle à résoudre mais un mystère à déplier. En sortant de nos rigidités, nous trouvons la liberté, et avec la liberté viennent à la fois l’anxiété et l’excitation. Comment cela pourrait-il en être autrement ?
Pour conclure
L’étonnement est essentiel à tout âge pour être en contact avec soi et avec l’autre. L’intellect est un processus secondaire de compréhension là où le processus sensuel nous conduit à retrouver l’authenticité de notre être.
Ce retour au savoir premier de la dimension sensible est essentiel dans le travail de psychothérapie. Il s’appuie sur le courant philosophique de la phénoménologie existentielle.
Pour aller plus loin
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Lectures complémentaires :
Source
FRANK Ruella, Les racines corporelles de l’expérience en psychothérapie. L’Exprimerie, (2023)
Illustration mise en avant : bronze Métamorphose – Maria-Luise Bodirsky
rédigé sans IA.
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