Progrès et modernité
Nés au sein d’une culture existant presque entièrement à l’intérieur d’un monde basé sur le temps, peu d’entre nous sont capables d’être continuellement présents. C’est le fléau de la civilisation moderne. Nous avons soif de progrès, de technique. Pourtant ce progrès structure tellement nos vies que nous nous absentons aux événements qui se produisent là où nous sommes. Plus notre expérience devient automatisée, moins nous nous engageons dans l’art de vivre.
Ressentir de la reconnaissance
Dans le monde du temps, rien ne semble se dérouler de la manière dont nous « pensons » que cela devrait être. Le passé détient ses regrets. L’avenir détient sa promesse d’une amélioration, alors que le moment présent nécessite une adaptation constante de notre Être.
Par conséquent, nous passons nos moments éveillés à réfléchir sur ce qui n’a pas fonctionné dans le passé. De là, nous planifions les ajustements que nous estimons nécessaires afin d’atteindre la paix et l’épanouissement recherchés. Ainsi ressentir de la gratitude, de la reconnaissance pour le présent, pour ce qui est, devient un défi.
Vivre un aujourd’hui qui ait du sens
Orientant nos ajustements vers un « lendemain meilleur », nous oublions comment vivre un aujourd’hui qui ait du sens. L’expérience vécue dans l’instant n’est plus à vivre mais elle devient un moyen que justifie la fin. Puisque nous n’avons pas accès à une expérience différente avec laquelle nous pourrions comparer notre situation actuelle, vivre de cette manière nous paraît normal. En vivant de cette manière, nous jouons systématiquement à saute-mouton avec le présent.
Même si le passé est passé et ne peut être modifié et que l’avenir n’est pas encore manifeste, nous choisissons d’occuper mentalement ces lieux illusoires plutôt que d’entrer et d ‘expérimenter pleinement le seul moment dans lequel nous vivons de manière effective – ce moment-ci … maintenant.
Cette habitude de s’attarder dans un état mental où nous projetons notre attention dans un passé ou un futur illusoire nous mène à une forme d’absence au présent. Ainsi, nous passons à côté de l’authenticité des expériences physique et émotionnelle qui, elles, se déroulent en ce moment même. Nous sommes tout sauf conscients de l’unique moment qui contient tous les dynamismes de la vie. Nous pensons que nous vivons, mais en fait, nous existons à peine. Et nous croyons que nous allons de l’avant, mais en réalité nous tournons en rond.
L’état de non-être
En regardant par le « filtre » de notre mental, nous sacrifions l’expérience d’être physiquement présents et émotionnellement équilibrés. En conséquence, la confusion règne en abondance même si nous nous percevons comme des êtres mentalement très évolués. L’habitude à cet état de « non-être » – cette condition qui fait que nous existons à peine – est telle que non seulement celui-ci nous semble naturel, mais plus encore, nous y aspirons. Cet état n’est évidemment pas naturel puisqu’il n’est pas harmonieux.
Malgré le fait que notre mental soit en perpétuel rebondissement, nous percevons bien que quelque chose ne va pas. L’absence de paix intérieure se reflète extérieurement par un chaos continuel et la façon dont nous évitons toute expérience tranquille et silencieuse. Le thème principal de cet âge mental que nous connaissons est : que le mouvement et le bruit soient.
La paix n’est pas un « faire »
Puisque nous avons oublié ce que nous avons perdu, nous ne savons pas qu’il nous manque. Et nous ne pouvons pas le trouver parce que nous le recherchons par l’entremise d’images du passé ou en « scannant » l’avenir. Notre comportement de dépendance envers tout, lequel comportement est toujours en quête de quelque chose, est un témoignage du vide que notre approche actuelle de la vie ne peut remplir. À nos yeux, le mot « assez» n’a aucun sens.
Dans notre angoisse, nous retournons chaque pierre de cette planète dans la recherche désespérée de trouver la paix de l’âme. Mais rien n’apporte la conscience de la paix dans notre « faire » frénétique. C’est que nous avons depuis longtemps oublié que la paix n’est pas un « faire », mais un ressenti. C’est quelque chose qui ne peut être appliqué ou mis en place machinalement, mais qui est réalisé uniquement en pénétrant dans cet instant grâce au ressenti.
Notre état d’agitation intérieure se manifeste par des symptômes extérieurs de mal-être et de maladies physiques, mentales et émotionnelles. Peu importe ce que cela nous coûte, peu importe où nous courons pour tenter d’y échapper et comment nous nous distrayons avec nos » agissements » continuels, le soulagement semble constamment hors de portée.
Ramener notre conscience
Le comportement que nous générons pour nous sentir en sécurité et acceptés au sein du monde est un substitut de la véritable paix. Et ce comportement n’est pas ce que nous sommes. Ramener notre conscience vers l’authentique Présence nous remets en contact avec qui nous sommes réellement. La vérité de notre Être encourage le démantèlement conscient de l’inauthenticité et du faux-semblant que nous mettons en place pour nous protéger de la peur, de la colère et de la douleur que nous endurons du fait d’être séparés du moment présent.
Pour aller plus loin
Cet article vous aura peut-être interpellé/e ? Je reçois sur rendez-vous (06.82.57.63.22) à mon cabinet ou par téléphone/ visio. Ma pratique thérapeutique se base sur la gestalt-thérapie mais pas seulement. Pour plus d’informations ou prendre contact par messagerie, consulter la page présentation.
Lectures complémentaires :
Paix intérieure, paix extérieure
Le livre de Michael Brown (ci dessous) : au-delà d’une lecture, il s’agit d’un manuel pratique que je vous recommande)
Source
Michael Brown. Le processus de la présence. Ariane éditions. 2012
Illustration mise en avant : Œuvre de M C Escher