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La peur de vivre

peur de vivre
Œuvre de Jean Viollier

La peur de vivre intervient lorsque l’authenticité de l’être que nous sommes ne peut s’exprimer. Notre élan de vie, notre énergie, notre joie de vivre, sont retenus, étouffés.

Comment renonce-t-on à l’authenticité ?

C’est souvent parce qu’elles n’arrivent pas à croire que leur être véritable puisse être accepté que de nombreuses personnes renoncent à leur authenticité et prennent l’habitude de jouer un rôle. Elles adoptent une posture visant à plaire à autrui comme un moyen de s’assurer approbation et amour. Un tel fonctionnement se met en place dès l’enfance quand l’enfant n’est pas accepté pour ce qu’il est. Mais on ne gagne pas l’amour, on ne le mérite pas davantage, car il est expression spontanée d’affection et de chaleur en réponse à l’existence d’une autre personne, ce qu’elle est.  C’est « je t’aime » et non pas « j’aime ce que tu fais ».

Rentrer dans un rôle mène à un cercle vicieux qui limite la vie et l’existence de l’être. L’image prend une importance incroyable et remplace le sens de l’être. La somme d’efforts et d’énergie investies à maintenir une image/un rôle est considérable. Il en reste fort peu pour le plaisir ou la créativité. Les personnes ressentent alors une fatigue chronique, de l’irritabilité et de la frustration pouvant aller jusqu’à la dépression, sans en identifier la raison.

L’influence d’un rôle sur le corps

On entend dire : « avec un peu de volonté on s’en sort toujours ». Effectivement, la volonté à travers le Moi peut pratiquement réaliser l’impossible. Elle est puissante en ce qui est du domaine du « faire » ou de la « performance ».
La difficulté vient de nos affects, non soumis à notre volonté. Nous ne saurions les changer par un acte conscient. En retenant notre souffle, en contractant nos muscles, nous pouvons supprimer nos émotions sur le moment. Mais les émotions ne sont pas détruites, elles sont simplement enfoncées plus profondément dans l’inconscient, internalisées comme des corps étrangers en dormance. La thérapie devient alors nécessaire pour ramener les conflits au niveau conscient, afin de pouvoir les assimiler.

A travers la volonté, le Moi va à l’encontre du corps et des sensations. Ce renoncement à l’authenticité de l’être vient structurer le corps car la suppression de sensation s’accompagne d’un engourdissement d’une partie du corps ou d’une diminution de sa motilité en vue, précisément, de diminuer la sensation. La suppression répétitive entraîne le développement d’une tension musculaire chronique dans les zones du corps où la sensation serait perçue. Dans le cas de sensations sexuelles, cette tension se développera dans l’abdomen et la région pelvienne.

Les conséquences sur notre devenir

La suppression des ressentis intérieurs créée un vide intérieur, une forme de vide existentiel. A l’extérieur, cette façade adoptée impacte l’attitude et le comportement de la personne dans le lien avec autrui. Par exemple, si par peur d’être rejeté, nous semblons distants, repliés sur nous-mêmes, rien d’étonnant à ce que les autres gardent leurs distances. Il en sera de même si nous sommes paranoïaques : notre méfiance antagonisera les autres et nous percevons leur hostilité.

Les vécus intérieurs et extérieurs sont reliés. Si nous sommes étrangers (insensibles ?) à notre corps et à nous-mêmes, nous nous sentirons étrangers au monde où nous vivons.

Retrouver l’authenticité de l’être

Lâcher prise ne relève pas de la performance. Avant que d’authentiques sensations puissent émerger il faut laisser de côté son besoin de réussir ou de se montrer fort. Si nous nous battons contre nous-mêmes, nous sommes perdus d’avance. La force de la thérapie et d’aider une personne à cesser de se battre contre elle-même, car ce combat est autodestructeur, il épuise son énergie et n’aboutit à rien. Beaucoup veulent changer. Il est possible de changer mais pour changer il faut commencer par s’accepter soi-même.

Le changement fait partie de l’ordre naturel des choses. La vie n’est pas statique. Elle est sans cesse en train de croire ou de décliner. Nous n’avons rien à faire pour croître. La croissance est naturelle, spontanée quand l’énergie est présente. En employant notre énergie à nous battre contre notre être, il ne nous en reste plus pour le processus de croissance et de guérison naturelle.

La guérison naturelle est inhérente à la structure et à la fonction de tout organisme vivant. Le destin du corps est de rétablir son intégrité et de se protéger des traumatismes et lésions infligées par l’environnement.
La compulsion de répétition est plus un effort de la personnalité à revenir à la situation même où elle a rencontré un obstacle dans l’espoir de s’en sortir un jour, de l’assimiler en quelque sorte.

La restauration de l’authenticité de l’être ne se gagne qu’à travers la prise de conscience, l’acceptation de soi, piliers essentiels de l’estime de soi. Se battre pour changer son être ne fait qu’empêtrer davantage la personne dans les rets du destin qu’elle essaye d’éviter.

Être et faire

Faire quelque chose n’est pas le laisser être. Le faire requiert l’application consciente de nos énergies à une tâche. Le Moi s’engage à fixer un but et à contrôler les actions pour y arriver. A l’opposé, une activité en l’absence notoire d’implication du Moi appartient au royaume de l’être. Cela veut dire que si le but est secondaire à l’action, l’activité se qualifierait comme relevant davantage de l’être que du faire. Par exemple, se promener dans la rue appartient au mode être, tandis que marcher rapidement vers la gare pour attraper son train relève du faire. Lorsqu’une activité vient d’elle-même, elle relève de l’être, là où « forcée » elle relève du faire.

Dans le cas d’une situation intérieure, c’est-à-dire un état d’être, essayer de changer cet état par le faire résulte en une réduction de l’être. Cela peut s’expliquer par le fait que pour agir sur le Soi une partie de la personnalité doit se tourner contre l’autre ; le Moi se tourne contre le corps en se servant de la volonté pour contrer les sensations du corps. Face à un danger réel, ce peut être nécessaire mais, en dehors de telles situations, chercher à se changer à coup de volonté dégrade la santé émotionnelle et psychique.

Le processus de changement qui prend place à l’intérieur de l’être est une fonction du corps qui ne requiert aucun effort conscient. C’est la croissance et elle valorise l’être. Cela ne veut pas dire que le faire ne joue aucun rôle dans le processus de croissance. Pour apprendre un métier, il faut répéter consciemment certains gestes, mais l’apprentissage se fait au niveau inconscient.

Sensations et processus de vie

On ne peut faire ou produire de sensations pas plus que l’on ne peut faire être. La sensation est un éprouvé corporel, authentique, spontané. Les sensations n’accomplissent ni ne produisent rien. Elles n’ont ni but, ni fin. Nous pouvons donner des raisons pour expliquer nos sensations, mais elles ne sont pas une réponse à ce que nous dicte notre raison. Elles sont même souvent en opposition avec la raison. Ce sont des réponses corporelles et involontaires au monde qui nous entoure ; leur fonction est de faciliter le processus de vie. Alors renouer avec ses sensations est un moyen important pour retrouver l’énergie de vie et dissiper la peur de vivre.

Pour aller plus loin


Source
D’après Alexander LowenLa peur de vivre. Enrick B Editions. 2017. Édition Originale en 1981 chez Macmillan Publishing Co. : Pear of life.


Cabinet Gestalt

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