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Avoir un corps ou Être son corps ?

Œuvre de Miro

Le corps et/est l’expérience du présent

Pour chacun de nous, la réalité fondamentale de notre être, c’est notre corps, notre existence physique. C’est par lui que nous faisons l’expérience du monde environnant et que nous y répondons. Si nous perdons le contact avec lui, nous perdons aussi le contact avec le monde extérieur. Le corps détermine l’être, l’individualité, la personnalité.

Quand le corps meurt, la personne meurt. De même, quand le corps est « comme mort », c’est à dire quand les sensations, les affects et les émotions ne passent plus, la personne elle aussi est « comme morte ».

Ainsi, l’individu qui perd contact avec son corps ne sait pas qu’il est isolé. Il pourra reconnaitre qu’il se sent mal sans voir ce que sa dimension corporelle a à voir là-dedans. Pourtant, s’il sent quelque chose, c’est forcément avec son corps… Si on exclut celui-ci, il n’y a plus de sentir. Mais certaines expériences de vie et des conditionnements sociétaux nous amènent à croire qu’il n’est qu’une mécanique. Le considérer comme une machine utile pour entretenir la vie sans voir qu’il la détermine, nous ampute d’une part essentielle de ce que nous sommes.

La répression du sentir

Pour faire taire la douleur, il faut faire taire les sensations corporelles. Contracter les muscles du dos, du thorax, du ventre ou des cuisses dans une rigidité qui gêne la respiration et la circulation inhibe l’expression de l’émotion et la contrôle. Cela a pu être une façon consciente ou inconsciente de s’ajuster à l’environnement, à une situation. Mais cette répression du sentir restreint le flux vital et empêche de contacter la sensation du présent, du vivant en nous.

Alors, à ne plus sentir, il n’y a plus le désir ni l’énergie de poursuivre des activités habituelles. Finalement, la fatigue devient une déclaration du corps qui est « fatigué » d’être soumis à la volonté du Moi, exigeant de donner une image sans rapport avec ses propres besoins.

La suprématie de l’ego sur le corps sensible

Supporter sans « broncher »… sans respirer

A première vue, la capacité à supporter les tensions et les épreuves sans broncher renvoie l’apparence d’une « force de caractère ». Ce qui compte, c’est « tenir le coup ». Celui qui ne tient pas le coup est un faible, une chiffe molle. Pourtant, une telle attitude sacrifie la détente corporelle au profit d’une satisfaction toute illusoire de l’ego. Qu’y a-t-il de si admirable dans la répression des émotions ? Un tel comportement indique sans doute une grande capacité à décider sur le corps, mais démontre également l’amputation de toute une dimension de l’être.

Du corps unifié à la dissociation

Là où les primitifs adoraient le corps et considéraient ses fonctions vitales comme les manifestations d’une force divine, nous avons dissocié cette force, et nous l’avons investie dans un esprit désincarné que nous considérons comme divin. En effet, au fil du temps, la connaissance humaine s’est accrue dans des proportions gigantesques, donnant à l’homme une forme de puissance sur la nature, là où il pouvait être démuni auparavant. Progressivement notre dimension corporelle a été vue comme basse, inférieure, emprisonnant l’esprit, etc., alors que l’intelligence est devenue une faculté glorieuse, qui distingue l’homme de tous les autres animaux.

L’emphase exagérée mise sur l’intellect et sur l’esprit contribue à créer des esprits désincarnés, des corps incapables de vibrer. La démarche scientifique valorise à outrance une approche objective et dépourvue d’émotion. En considérant toutes les fonctions vitales comme des mécanismes purement physico-chimiques, elle réduit le corps – l’être – au rang d’objet manipulable, contrôlable, soumis à la puissance de la pensée, de l’intellect.

De la puissance à l’impuissance

La puissance vient de la connaissance mais placer sa confiance dans la puissance n’est pas du tout synonyme d’avoir foi en la vie. Il est facile d’imaginer que la puissance apaise, rassure. Certes, nos réalisations techniques sont étonnantes. En dépit de telles avancées, le sentiment d’impuissance, la dépression, la violence sont fréquents et notre foi en la vie s’émiette. Il s’ensuit qu’un fossé s’est creusé entre la pensée et le sentir, l’homme et sa nature, l’homme et la Nature. Et Le corps devient un objet où l’énergie circule peu.

Réunifier les parties de l’Être

Qu’est-ce que vivre son corps comme objet ?

Vivre son corps comme un objet revient à le voir comme quelque chose qui nous appartient et qui doit nous obéir. Il doit nous apporter satisfaction : être un outil performant, une sculpture à montrer, un jouet donnant du plaisir, etc. Tous ces corps-objets parlent d’un corps vide ou plutôt vidé de son âme, de son cœur, de ses émotions, de sa vie propre.
Le corps est séparé de ce que nous appelons « moi », qui est à l’extérieur de lui, et le possède. Objet, il devient un instrument utilisé sans respect pour lui-même, ou alors le soin qu’on lui apporte est au service de l’exploitation. Et comme un objet, il peut se briser, se détruire, se perdre.

Or le corps est vivant…

Terre-Mère
Œuvre de Jenness Cortez représentant Pachamana

Nos cellules se renouvellent en permanence. Quatre-vingt-dix pourcent des atomes de l’organisme étaient absents un an auparavant. Le corps est un flux incessant de ressentis, de sentiments, toujours en mouvement, en perpétuel changement. Une intelligence maintient son intégrité et y coordonne le flot de la vie.

Revenir dans son intériorité, passer de dehors à dedans, placer sa conscience à l’intérieur, s’y poser, revient en quelque sorte à s’incarner. Sentir ses limites concrètes permet de contacter ce qui est moi et de reconnaître le non-moi. Et reconnaître l’autre différent de moi ouvre à la différenciation, et modifie notre relation au monde extérieur.

Revenir dans une relation bonne avec son corps, une relation d’amour peut-on dire, diffère complétement d’une relation maître-esclave. Le statut d’égalité caractérise une relation d’amour. Les sentiments de l’être aimé deviennent aussi importants pour nous que pour lui. Apparaissent ou se renforcent là les notions d’intimité, de respect, de rituel, de dévotion, d’humilité. Dans un rapport maître-esclave, la part d’amour peut être grande, mais on ne peut la qualifier de relation d’amour. Finalement, l’évolution du vécu et de la relation au corps représente les différentes étapes d’un chemin de conscience indispensable à notre vitalité.

Pour aller plus loin

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SOURCES

Alexander LOWEN. La dépression nerveuse et le corps. Editions Sand et Tchou. (1983). L’édition originale  » Depression and the body » est parue aux Etats-Unis en 1972.
Bernadette BLIN et Brigitte CHAVAS. Manuel de psychothérapie transpersonnelle. Intereditions. (2011).

Cabinet Gestalt

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