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La communication non violente

communication non violente
Illustration d’Andy Westface

La communication non violente a été développée par Marshall B. Rosenberg dans les années 60. Plus précisément, il s’agit d’une façon d’être, de penser, de s’exprimer et d’exercer son pouvoir, qui se différencie nettement de celle à laquelle la plupart d’entre nous avons été éduqués à interagir. Ainsi, en situation de tension ou de conflit, cet art du dialogue permet de rester dans un échange constructif et amène à exprimer avec honnêteté ce qui est vivant en soi à un moment donné. Ancrée sur la sincérité de l’intention et la connaissance de soi, la communication non violente suscite qualité d’écoute, respect, empathie, et fait naître un courant de générosité réciproque.
Cet article aborde différentes entraves à la communication avant d’expliciter la structure de la communication non violente.

Les entraves à la communication

Les jugements moralisants

Les jugements moralisants portent sur les gens et les comportements qui ne sont pas dans la lignée de nos valeurs. Alors notre analyse d’autrui est l’expression de nos propres besoins et sentiments.
Par exemple : La violence est mal. Les gens qui tuent sont mauvais. Ce type de jugement implique d’avoir raison ou tort. Ainsi, cataloguer et juger autrui favorise la violence car elle traduit une incapacité à admettre notre propre vulnérabilité ou celle de l’autre. Dans l’exemple précédent, une autre façon de nommer pourrait être : La violence est un mal. Je redoute l’usage de la violence pour résoudre des conflits. Je tiens à résoudre les conflits humains par d’autres moyens.

C’est différent lorsque notre point de vue porte sur les qualités auxquelles nous accordons de l’importance dans notre existence, telles que l’honnêteté, la liberté, la paix…il s’agit alors de jugements de valeur reflétant nos convictions sur la façon de servir au mieux la vie.

Faire des comparaisons

Les comparaisons sont une forme de jugement. Elles peuvent entraver la bienveillance envers nous-mêmes comme à l’égard d’autrui.

Refuser notre responsabilité

Notre langage peut nous empêcher de voir clairement notre responsabilité personnelle. Aussi, quand nous ne sommes pas conscients que nous sommes responsables de nos actes, de nos pensées, et de nos sentiments, nous sommes dangereux.
Par exemple, nous nions la responsabilité de nos actes lorsque nous attribuons leur cause à des forces impersonnelles et vagues, à nos antécédents individuels ou psychologiques, aux actes d’autrui, au diktat d’une autorité, à la pression sociale, à des pulsions incontrôlables, etc.
C’est pourquoi nous pouvons choisir 🙂 de remplacer le langage impliquant une absence de choix par un langage qui reconnait notre responsabilité.

Il existe d’autres formes de communications aliénantes comme :
– Penser à « qui mérite quoi », ce qui bloque la communication empathique.
– Communiquer ses désirs sous forme d’exigences.
– Croire qu’il est de notre pouvoir de faire faire quelque chose à quelqu’un.
La communication aliénante a des racines philosophiques et politiques très profondes.

Les quatre étapes de la communication non violente

Lorsque nous observons (1) un comportement concret qui affecte notre bien-être, nous y réagissons par un sentiment (2). En cernant les désirs, besoins (3) ou valeurs qui ont éveillé ce sentiment, nous pouvons demander (4) à l’autre des actions concrètes qui contribueront à bien vivre nos interactions.

 1 – Observer (sans évaluer)

Tout d’abord, la première étape de la communication non violente est de bien séparer nos observations de nos évaluations, d’éviter les généralisations figées, de préciser le moment/ le contexte de ce que nous souhaitons exprimer. Lorsque nous amalgamons observation et évaluation, notre interlocuteur risque d’entendre une critique et de résister à ce que nous disons. Afin d’illustrer, le tableau ci-après donne des exemples concrets.

Mode de communicationExemple d’observation mêlée d’évaluationExemple d’observation exempte d’évaluation.
Emploi du verbe « être » sans indiquer qu’il s’agit d’un jugementTu es trop généreuxQuand je te vois donner tout ton argent de poche, je pense que tu es trop généreux.
Emploi de verbes à connotation évaluativePierre traîne dans son travailPierre ne commence à réviser que la veille des examens
Propension à considérer notre évaluation des pensées, des sentiments, intentions ou désirs d’autrui comme la seule possibleElle ne rendra pas son travailJe ne pense pas qu’elle rende son travail, Ou Elle a dit « je ne rendrai pas mon travail ».
Confusion entre prédiction et certitudeSi tu ne prends pas des repas équilibrés, tu auras des problèmes de santé.Si tu ne prends pas des repas équilibrés, je crains que tu n’aies des problèmes de santé.
Emploi de référents trop vaguesLes Anglais ne savent pas entretenir leur jardin.Je n’ai pas vu nos voisins anglais tondre leur pelouse.
Emploi de mots exprimant l’aptitude ou l’inaptitude à agir, sans indiquer qu’il s’agit d’un jugementJacques est un mauvais footballeur.En vingt matchs, je n’ai pas vu Jacques marquer un but.
Emploi d’adverbes ou d’adjectifs sans indiquer qu’il s’agit d’un jugement.Paul écrit très mal.Je n’arrive pas à déchiffrer l’écriture de Paul.
Emploi de mots imprécis : toujours, jamais, tout le temps, chaque fois, souvent, rarementIl passe souvent à la maisonIl passe au moins trois fois par semaine à la maison.

2 – Identifier et exprimer nos sentiments

Nous sommes davantage formés à diriger notre attention sur autrui, à interpréter les réactions ou comportements des autres à notre égard, plutôt qu’à être en contact avec nos ressentis/ éprouvés/ sentiments. Cette difficulté à identifier et à dire ce que l’on ressent est courante.

Quelques écueils à éviter
  • Emploi du verbe « sentir » dans les phrases où nous exprimons nos pensées. Par exemple, Je « sens » que ça ne sert à rien est une opinion et non un ressenti. Une formule comme Je pense que çà ne sert à rien est plus adaptée.
  • Emploi d’adjectifs exprimant plutôt notre interprétation des actes d’autrui que ce que nous éprouvons : attaqué, bousculé, déconsidéré, délaissé, manipulé, maltraité, pas entendu, pas apprécié, rejeté, trahi, etc.
    Je me sens incompris/ignoré pour mes collègues, j’interprète la façon dont les autres me jugent. Plus précisément, l’éprouvé pourrait renvoyer à : Je me sens triste, découragé.
  • Emploi du verbe « être » suivi d’adjectifs exprimant ce que nous pensons être plutôt que ce que nous éprouvons.
    Par exemple, dans Je suis nul à la guitare, le « nul » cache le sentiment réel : déception, mécontentement, ou une autre émotion. Ainsi, l’expression de ce qui s’éprouve peut être : Je suis déçu/ mécontent de mes talents de guitariste.
Développer un vocabulaire affectif

Le ressenti répond aux questions « qu’est-ce que j’éprouve ? » «  Comment je me sens ? ». Les affects non exprimés mobilisent beaucoup d’énergie pour être contenus. C’est pourquoi, apprendre à les reconnaitre et à les nommer, en développant un vocabulaire précis (cf liste), permet de dire notre vulnérabilité. C’est aussi donner de soi et à soi, pour une relation sincère à l’autre et à nous-mêmes, particulièrement précieuse pour résoudre des conflits.

3 – Repérer les besoins à l’origine des sentiments

Les paroles et les actes d’autrui peuvent être un facteur déclenchant mais jamais la cause de nos sentiments.

Entendre un message négatif renvoie à quatre choix :
  1. Nous sentir fautif en y entendant un reproche ou une critique. Cette option nous fait baisser dans notre propre estime en favorisant des sentiments de culpabilité, de honte, de dépression.
  2. Rejeter la faute sur l’autre. En retournant le reproche sur notre interlocuteur, nous risquons d’éprouver de la colère. Notre interlocuteur pourra avoir tendance à mettre toute son énergie dans l’autodéfense ou la riposte.
  3. Porter notre attention sur nos sentiments et nos besoins plutôt que de nous concentrer sur les défaillances de l’autre.
  4. Chercher à percevoir les sentiments et les besoins de l’autre.

Nos sentiments proviennent de la façon dont nous choisissons de recevoir les actes et paroles d’autrui, en fonction de nos besoins et attentes du moment.

Ci après quelques besoins humains que nous avons tous en commun :

Autonomie : Liberté de choisir ses rêves, ses projets de vie, ses valeurs et les plans d’actions qui leur correspondent.

Célébration : célébrer la création de la vie et les rêves réalisés/ le deuil des êtres chers, des ambitions déçues, …

Intégrité : authenticité, créativité, estime de soi, recherche de sens.

Interdépendance : acceptation, amour, appartenance communautaire, appréciation, chaleur humaine, compréhension, confiance, contribution à l’épanouissement de la vie, délicatesse, tact, empathie, honnêteté, sincérité, proximité, respect, sécurité, soutien.

Besoins physiologiques : abri, air, eau, expression sexuelle, mouvement, exercice, nourriture, protection contre les agents qui menacent la vie, repos, toucher contact physique.

Communion spirituelle : beauté, harmonie, inspiration, ordre, paix.

Plus nous exprimons nos besoins, plus nous augmentons nos chances qu’ils soient satisfaits, et mieux l’autre pourra y répondre avec empathie. Si nous n’accordons pas de valeur à nos besoins, les autres ne leur en accorderont peut-être pas davantage.

4 – Demander

Demander c’est dire ce que nous voulons plutôt que ce que nous ne voulons pas. Un langage d’action clair, positif et concret révèle ce que nous voulons vraiment et évite la confusion. Plus nous sommes au clair avec ce que nous voulons en retour, plus nous avons de chances de l’obtenir.

Les demandes qui ne sont pas accompagnées des sentiments et des besoins de celui qui parle peuvent être entendues comme des exigences. Lorsque notre interlocuteur entend une exigence, il ne voit que deux choix : la soumission ou la révolte.
Et notre interlocuteur exprime-t-il une demande ou une exigence ? On le voit à la façon dont il accueille une réponse négative. C’est une exigence s’il porte alors une critique, un jugement ou s’il essaie de culpabiliser l’autre. C’est une demande s’il manifeste de l’empathie pour les besoins de l’autre.

En communication non violente, notre objectif est d’établir une relation fondée sur la sincérité et l’empathie. C’est pourquoi, si notre seule intention est de changer les autres et leurs comportements pour qu’ils se plient à nos quatre volontés, alors la communication non violente ne nous permettra pas d’arriver à nos fins.

Plus qu’une trame de communication…

Marshall B Rosenberg

Marshall B. Rosenberg a exprimé comment la communication non violente, bien plus qu’une simple méthode, s’enracine dans une manifestation de l’amour, reliant la part de vivant en chacun de nous.

« Exprimer simplement « Me voici, et voici ce que j’aimerais.» C’est ma vulnérabilité à cet instant. Pour moi, ça, c’est une manière de manifester l’amour.
Et l’autre façon de donner de soi se vit selon la manière dont on reçoit le message d’une autre personne. Le recevoir avec empathie, en se mettant en lien avec ce qui est vivant chez elle, sans porter de jugement. Simplement entendre ce qui est vivant chez l’autre personne et ce qu’elle aimerait. Ainsi, la communication non violente n’est que la manifestation de ce qu’est l’amour, selon ma compréhension de ce terme. »

Marshall B. Rosenberg a parcouru le monde pour promouvoir la paix et proposer sa médiation dans les situations de conflits.

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Sources

Marshall B. Rosenberg. Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) – Introduction à la communication non violente. Éditions La Découverte. (2005)
Marshall B. Rosenberg. Les bases spirituelles de la Communication NonViolente. Éditions Jouvence. (2016)
Sites internet : https://www.cnvformations.fr/ , https://www.cnvsuisse.ch/

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